LE GRAND ENTRETIENmar. 25/01/22

Mardi 25 janvier 2022, LE GRAND ENTRETIEN reçoit Emmanuel Peulens (directeur général, Minasolve)


Minasolve, l’expert de la cosmétique naturelle

Fondée en 2007, l’entreprise Minasolve, qui appartient au groupe Minafin, développe des ingrédients biosourcés pour l’industrie cosmétique. Emmanuel Peulens, son directeur général, dévoile ses grandes ambitions.

Que propose Minasolve ?

Minasolve développe des ingrédients biosourcés pour l’industrie cosmétique. Nous appartenons au groupe Minafin, un groupe de chimie fine actif dans trois domaines particuliers : la chimie verte, la chimie pharmaceutique et la chimie exigeante. Créé en 2004, le Groupe compte aujourd’hui six sites de production en France, en Belgique, en Allemagne et aux Etats-Unis et 900 collaborateurs, dont une centaine de chercheurs. Nous développons principalement des agents de conservation pour les produits cosmétiques et nous avons l’ambition d’étoffer notre gamme dans le futur.

À qui s’adresse votre savoir-faire ?

Nos clients sont les grandes entreprises de cosmétique, notamment L’Oréal, qui a un plan très ambitieux d’amélioration du taux de naturalité de ses produits. Ma marque a en effet annoncé vouloir atteindre 95% d’ingrédients biosourcés, d’ici 2030. Nous sommes dorénavant présents chez tous les acteurs de la cosmétique mondiale et nous nous appuyons aussi sur un réseau de 50 distributeurs locaux.

Comment relever le challenge de la chimie verte dans l’industrie cosmétique ? 

Minasolve est née de la volonté de s’orienter dès le départ vers la chimie bio, ce qui est en ligne avec les attentes et les pressions des consommateurs pour avoir des produits plus respectueux de l’environnement. Cette volonté quasi politique permet également de créer du sens pour nos collaborateurs et cela renforce notre attractivité pour des talents à même de nous aider à concrétiser notre ambition. La chimie verte n’est pas encore tellement répandue, même si elle devient progressivement plus populaire. Nous sommes encore des pionniers dans ce secteur et il a parfois été difficile de rencontrer le succès par manque d’alternative complémentaire à la nôtre. De plus, nous sommes face à un environnement très compétitif provenant de l’industrie pétrochimique. Jamais nous ne serons en mesure d’atteindre un tel niveau de compétitivité en termes de prix, faisant abstraction du bilan carbone et des effets collatéraux négatifs pour l’environnement. Nos innovations contribuent à renforcer l’index de naturalité des formules cosmétiques, mais cela n’est pas encore suffisant. Il nous reste d’autres types de formulants bio à créer. Cela représente un grand défi, tant certains produits issus de la pétrochimie sont efficaces. 

Quels sont vos engagements ?

Nous nous engageons à continuer dans cette voie et produire de nouveaux ingrédients bio dans le futur. Ceci sera rendu possible à la condition que nos clients phares soient également engagés dans une politique volontariste qui soutiendra ce type d’entreprises innovantes. Le prix reste un des freins à notre développement, car il nous faut atteindre un certain volume de production pour enregistrer les effets sur le coût et devenir plus compétitif par rapport au prix des produits pétrochimiques.

Vous utilisez un ingrédient (le Pentylène Glycol) issu de déchets provenant de la canne à sucre, qu’est-ce qu’il a de plus que les autres ?

La bagasse de canne à sucre est un déchet non valorisé, sauf par les spécialistes de la chimie verte. Dans la réflexion mentale des gens, « bio basé », on pense que le point de départ est une culture. La réalité est plus nuancée. Nous essayons d’éviter d’entrer en compétition avec des terres arables qui servent à l’alimentation humaine ou animale. Dans notre cas, nous utilisons un sous-produit de la culture qui n’a pas d’utilité. Nous cherchons systématiquement à valoriser des déchets inutilisables. Cela nécessite de changer radicalement de paradigme, de considérer que tout déchet peut avoir un potentiel important dans nos processus de chimie verte. Cette démarche permet d’allouer des terres à des cultures destinées à nourrir une population mondiale encore en croissance.