Grand EntretienSMART JOBmer. 16/11/22

Mercredi 16 novembre 2022, SMART JOB reçoit Magda Danysz (Fondatrice, Galerie Magda Danysz)


« Pour tout entrepreneur, la naïveté c’est le meilleur moteur » confie la galeriste Magda Danysz

En marge de l’exposition street art « Capitale(s), 60 ans d’art urbain à Paris » -dont elle est l’une des quatre commissaires- la galeriste Magda Danysz est venue se raconter dans le Grand Entretien de Smart Job. L’occasion d’évoquer sa première galerie avant la majorité, la rencontre avec Leo Castelli ou encore la confiance partagée avec de grands artistes comme Jon One ou C215.

« Je ne suis absolument pas artiste, je suis entrepreneuse et dès l’âge de 15 ans je voulais monter ma boîte. » La mise au point de Magda Danysz a le don d’être rapide et limpide. « L’art c’est mon métier, les mathématiques ma passion héritée de mon père scientifique. » Aujourd’hui à la tête d’une « petite entreprise » qui porte son nom et se tient fièrement rue Amelot à Paris, la galeriste n’a pas projeté ses impulsions entrepreneuriales sur le monde de l’art par hasard. « J’avais une mère artiste, je voyais bien que c’était dur. Il y avait une niche à exploiter mais je n’avais pas les mots pour l’exprimer, c’était seulement un ressenti, il fallait que je monte une activité autour des artistes. » 

Leo Castelli, le rôle modèle

A première vue, Magda Danysz fait tout ce que l’on recommande d’éviter. « Je me suis lancée sans business plan, sans rien, je n’étais pas câblée pour… » Mais elle l’assume pleinement. Sa première galerie voit le jour rue Keller, à Paris, alors qu’elle n’a pas encore la majorité. « Je venais de passer mon Bac de français, il fallait s’inquiéter pour le Bac et l’après Bac. Le deal avec mes parents, c’était que je pouvais faire ce que je voulais mais je devais continuer mes études. » Ce sera donc une école de commerce, pour honorer la promesse faite à ses géniteurs, « et parce que je me suis dit que cela allait m’aider, et cela m’a aidée pour plein de choses mais pas ça… » Avec le recul de celle qui est désormais reconnue dans le milieu, dispose d’une antenne à Shanghaï et dirige une équipe de 15 salariés, la dirigeante pense que « pour tout entrepreneur, la naïveté, le rêve, c’est le meilleur moteur. Si j’avais su tout ce qu’il fallait faire, je ne l’aurai pas fait. »

La passion initiale n’est cependant pas suffisante sans méthode et étapes. « Être galeriste, c’est d’abord choisir un lieu, on doit faire des expositions donc on achète un marteau et des clous. Avant de se poser une question : « avec qui je commence ? ». C’est de la programmation, mais je n’avais pas l’idée que ce terme existait… » Pour programmer, il faut connaître des gens, plus particulièrement des professionnels aguerris. Sa rencontre à elle, ce sera avec Leo Castelli, « le marchand d’art de la deuxième moitié du XXe siècle aux États-Unis, une légende », dont on lui a fait comprendre qu’il était l’homme à connaître. Encore une fois, c’est à sa candeur que Magda Danysz attribue son aptitude à briser la glace : « à 15 ans, on ose… Cela m’a permis de rester en contact avec lui jusqu’à son décès (en 1999, ndlr). » 

Jon One, la fille mineure et la première déclaration de TVA

La galeriste a profité des conseils de l’un des meilleurs, mais aussi des mises en garde de « beaucoup de financiers qui m’ont dit que les banques n’allaient pas m’aider ». Concernant les artistes, cela commence avec ceux qui acceptent d’être soutenus par une mineure qui n’a jamais fait ses preuves. « Je travaille encore avec certains aujourd’hui, ils n’ont que 4 ou 5 ans de plus que moi » précise-t-elle fièrement, « des gens de l’art urbain, qui n’était pas encore vraiment un mouvement à l’époque » comme l’Américain Jon One.

 « J’ai un parcours laborieux, c’est très dur, encore plus quand vous n’avez pas idée de ce que vous faites. » Un exemple : « A ma première déclaration de TVA, j’ai pleuré. L’URSAFF, on ne connaît pas non plus quand on commence… » Mais Magda Danysz construit patiemment son business sur l’humain et la confiance. « À partir du moment où vous vous défoncez pour quelqu’un, votre employé, votre fournisseur, ou un artiste qui est un peu entre les deux mais qui fait partie de l’équipe, de la famille, vous construisez des choses. » La longévité dans les relations est sa fierté. « Je touche du bois, j’ai la chance de travailler avec certains collaborateurs depuis 17 ans, on vit l’aventure entrepreneuriale ensemble. » Avec les artistes, la relation -sous contrat de représentation, pas forcément exclusif- évolue à l’instinct, « en fonction des ambitions et des projets de l’artiste, et de ce que l’on peut encore créer. »

Capitale(s), une histoire du street art

En parallèle à sa carrière de marchande, « un statut que je revendique et auquel notre code APE nous rattache », Magda Danysz endosse régulièrement les habits de commissaire d’exposition. Une mission détachée de toute considération financière, « d’ailleurs il y a peu d’artistes que je représente dans une exposition comme « Capitale(s) » revendique-t-elle. Un autre statut, sous forme de mandat de la Mairie de Paris dans le cas de l’exposition Capitale(s), pour qu’elle organise l’exposition avec trois autres commissaires. De grands noms -comme C215 et ses boîtes aux lettres revisitées- ont répondu à l’appel pour « raconter l’histoire d’un art au public. » Mais dans cette fonction, Magda Danysz préfère adopter une posture humble, « on donne les moyens aux artistes de trouver leur public ». Plus qu’une actrice de l’essor du street art, elle se voit comme « une spectatrice au premier rang d’un opéra magnifique ». Y sera-t-elle toujours dans une décennie ? « Je serai encore avec les artistes qui me motivent aujourd’hui. »

Capitale(s), 60 ans d’art urbain à Paris

Du 15 octobre 2022 au 11 février 2023