Mardi 28 mars 2023, LE GRAND ENTRETIEN reçoit Yann Wickers (CEO, Port-La Nouvelle)


SEMOP PORT LA NOUVELLE : cinq questions à Yann Wickers

Situé au Sud de Narbonne, Port-La Nouvelle est un port de commerce Méditerranéen qui traite une large variété de marchandises. Yann Wickers, son Directeur Général, détaille les ambitions de développement de ce Port, dont la gestion unique en France a été confié à une SEMOP, Société d’Economie Mixte à Opération unique, attributaire d’un contrat de concession d’une durée de 40 ans depuis mai 2021, et ce qui va être mis en place pour atteindre ses objectifs.

Qu’est-ce que Port-La Nouvelle ? Et quelle est son histoire ?

Port-La Nouvelle est un port polyvalent dans l’Aude qui se situe au 15e rang des ports français en termes de tonnages avec plus ou moins 1,5 million de tonnes de trafic annuel. C’est le troisième port méditerranéen français. À l’époque romaine, le territoire actuel de Port-la Nouvelle était déjà utilisé comme un lieu de transit des navires qui empruntaient le grau pour rejoindre Narbonne, l’une des plus grandes places de commerce durant l’Antiquité. D’abord hameau de pêcheurs, puis port de commerce à partir de 1704, la ville prend vie et son nom de La Nouvelle en 1844 puis son essor à partir de 1857 avec l’arrivée du chemin de fer. Le nom de Port-la Nouvelle apparaît après-guerre et le port est géré par la CCI de l’Aude à partir de 1948. En 2007, et à la suite de la loi de décentralisation des ports, le port devient la Propriété de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. Dès lors, un ambitieux projet de croissance est enclenché.

Quelle est l’ambition de Port-La Nouvelle aujourd’hui ?

L’ambition du port est tout d’abord de changer d’échelle avec des infrastructures adaptées en devenant le port de la transition énergétique de la Méditerranée occidentale, avec une forte spécialisation sur l’éolien en mer flottant ainsi que sur l’hydrogène vert dans le cadre notamment de la trajectoire Région à Energie Positive (REPOs). Le projet de développement du port s’inscrit pleinement dans la politique volontariste portée par la Région Occitanie (Région à énergie positive, Pacte Vert) et les stratégies européennes (Green New Deal, REPOWEREU) et françaises de croissance durable afin de répondre aux défis mondiaux du réchauffement climatique et de la souveraineté énergétique. Avec notamment : un hub de la logistique pour l’éolien en mer flottant en Méditerranée, un hub de production et d’importation d’hydrogène vert. Le repositionnement du port comme un pôle de vracs solides et de marchandises diverses de référence en Méditerranée, le renforcement du port comme pôle de vracs liquides. Et enfin, une zone d’activité logistique embranchée au ferroviaire et adaptée au développement portuaire et à l’activité des énergies vertes.

Sur quoi repose votre expertise ?

Le port est aujourd’hui un acteur central dans la définition des stratégies industrielles et notamment de celles des porteurs de projets éoliens pour qui nous sommes force de proposition et plus seulement de simples terminaux mis à disposition.

Port-La Nouvelle s’investit dans la transition énergétique et les énergies renouvelables. De quelle manière ?

La SEMOP construit actuellement des infrastructures dédiées aux Energies Marines Renouvelables (EMR) avec notamment un premier terminal de 7ha réalisé qui accueillera les deux projets pilotes d’éoliennes flottantes EolMed et EFGL dès cette année. Puis une extension de 30ha supplémentaires du terminal éolien pour le stockage et l’assemblage d’éoliennes portant au total la surface disponible à 37 ha à compter de 2026. Cette infrastructure sera prête pour accueillir la première ferme commerciale d’éoliennes en mer flottant annoncée par le gouvernement à Port-La Nouvelle le 14 mars 2022. Le port va également accueillir l’usine Hyd’Occ dont l’électrolyseur produira 10 MW d’hydrogène vert dès 2024 et à terme 40MW.

Quelles sont les évolutions à venir ? Les objectifs à atteindre ?

Les travaux d’extension portuaires ont démarré en 2019 sous maîtrise d’ouvrage régionale avec la construction d’une nouvelle digue nord de 2,5km, le prolongement de la digue sud existante sur 600m et la construction d’un quai colis lourd de 250m dragué à -11m adossé à un terre-plein de 7ha prévu pour accueillir les deux projets de fermes pilotes éoliennes flottantes EolMed et EFGL. La SEMOP poursuit ses travaux d’extension avec la construction d’un nouveau terminal liquide et d’un nouveau terminal marchandise dédié aux vracs solides livrables en 2025, dans un bassin dragué à -16m permettant d’accueillir des navires allant jusqu’à 80,000 tonnes de port en lourd et nécessitant un tirant d’eau de 14,5m ainsi que l’extension du terminal éolien comme expliqué ci-dessus. La surface globale du port va passer de 60 à 210 hectares et notamment avec la construction et l’aménagement d’une zone d’activité logistique de 70ha à l’arrière du nouvel ensemble portuaire. Le port cible un trafic de 6 millions de tonnes à horizon 2030, soit quatre fois plus qu’en 2021 (1,55 MT), avec un objectif à terme à hauteur de 12 millions de tonnes, entre 2040 et 2060. Une croissance portée en grande partie par les nouveaux produits verts (hydrogène, éoliennes, économie circulaire), qui devraient peser la moitié du trafic. L’autre moitié est constituée des colis lourds, hydrocarbures, biocarburants et vracs solides (céréales, minéraux, engrais, produits forestiers et cimentiers).