LE DÉBATSMART @WORKsam. 07/10/23

Samedi 7 octobre 2023, retrouvez Valérie Benoit (Directrice People development, Groupe Manutan), Sandrine Chourrout (DRH, Majorian) et Clément Estivié (avocat en droit du travail) dans SMART @WORK, une émission présentée par Arnaud Ardoin.


Comment améliorer l'expérience travail de tous ?

Télétravail, flexibilité, avantages non-financiers… Les leviers pour renforcer la qualité de vie au travail sont nombreux, mais ils ne fonctionnent pas avec toutes les catégories de collaborateurs. Tour d’horizon des solutions avec Valérie Benoit (Directrice People Développement, Groupe Manutan), Sandrine Chourrout (DRH, Majorian) et Clément Estivié (avocat en droit du travail).

Depuis 2020, le télétravail s’impose comme le marqueur entre les privilégiés et les autres. Les professions intellectuelles y sont éligibles, contrairement aux postes de terrain, naturellement perçus comme les oubliés de la révolution QVT post-Covid. « On avait historiquement une approche un peu conservatrice, parce qu’on a une culture d’entreprise très forte, très collective, où le “être ensemble” est très important » se souvient Valérie Benoit. Pour la directrice People Developpement du groupe Manutan, pourtant, il est vite devenu obligatoire de flexibiliser la pratique. « On demande aux collaborateurs qu’ils soient au bureau huit jours par mois pour ceux qui sont éligibles au télétravail », ce qui pour elle constitue une « flexibilité encadrée » permettant de concilier les valeurs historiques de l’entreprise et les attentes des collaborateurs. 

La situation chez Manutan n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, d’employeur qui a dû revoir sa copie pour satisfaire les salariés. Chez Majorian, c’est via une charte télétravail que les salariés peuvent « sur la base du volontariat », travailler à distance deux jours par semaine, explique Sandrine Chourrout, la DRH. « Mais il y a plein d’autres choses qui sont mises en place » pour contribuer au bien-être des collaborateurs. Le télétravail est crucial, mais certainement pas suffisant pour optimiser la marque employeur.

Quand commence l’expérience collaborateur ? 

Selon l’avocat en droit social Clément Estivié, c’est dès le premier contact avec un candidat que se joue le bien-être au travail. « Cela peut commencer par la rédaction d’une promesse d’embauche, qui est un engagement de l’entreprise. C’est une marque de confiance qui doit être accordée dès le début », et qui peut selon lui poser les fondations d’une relation de saine et transparente. Un bon vecteur pour enclencher une spirale vertueuse de libération de la parole. « L’expérience collaborateur s’améliore lorsque l’on lui donne la possibilité de s’exprimer. Cette possibilité n’est pas anodine, car le Code du travail n’impose qu’un entretien tous les deux ans. Il faut partir du principe que ce n’est pas suffisant, plus on multiplie les échanges, notamment sur les conditions de travail, le management, mieux c’est. » Avec l’idée de ne pas oublier que « l’expérience collaborateur, c’est un ressenti ». 

Être à l’écoute des signaux, encourager la prise de parole, c’est ce que Manutan s’efforce de faire, selon Valérie Benoit, via « des plénières chaque mois, durant lesquelles la direction s’adresse à tous les collaborateurs » pour partager aussi bien les chiffres, les actualités que les grandes décisions. Dans l’autre sens, les ressentis individuels sont recueillis sur la base du volontariat via le questionnaire Best Place to Work, sur lequel le groupe affiche « une participation à plus de 90 % ». L’objectif annoncé, c’est « prendre la température, corriger le tir quand nécessaire », et surtout « chercher à savoir ce que veulent les collaborateurs, plutôt que d’imposer la même expérience à tous ».

La formation, un avantage comme un autre ?

Que veulent justement les salariés ? Un bon salaire, de la flexibilité ou encore du sens dans leur travail, mais parfois aussi un peu plus. « Comme on va assez loin dans ce qui est permis, certains nous ont demandé s'ils pouvaient amener leur chien » se souvient Sandrine Chourrout, dont l’entreprise n’est cependant pas encore adepte du Pet at Work. En revanche, elle est beaucoup plus en avance sur la question de la formation tout au long de la carrière. « Chez nous, le sujet de la formation intéresse tout le monde, y compris les nouvelles générations. À titre d’exemple, tous nos salariés ont été formés à la fresque du climat. » La demande est devenue récurrente du côté des salariés et, pour Clément Estivé, l’obligation légale actuelle des entreprises de « former le salarié et l’adapter à son poste », va évoluer avec la société. « L’employeur va devoir mettre à disposition des opportunités d’apprendre pour répondre à la curiosité naturelle des collaborateurs, mais aussi devoir accompagner des personnes qui ne vont pas exercer un seul métier tout au long de leur vie. »