Mardi 26 mars 2024, retrouvez Fanny Rolet (Fondatrice, Antofénol) dans SMART MORNING SOUMIER, une émission présentée par Stéphane Soumier.
Antofénol : 5 questions à Fanny Rolet, fondatrice
Pionnier dans la transition vers des solutions agricoles naturelles. Découvrez comment cette entreprise révolutionne l'agriculture en proposant des alternatives écologiques aux pesticides conventionnels, combinant expertise en extraction végétale et innovation technologique pour un avenir agricole plus durable. Fanny Rolet, la fondatrice, nous explique.
Pourriez-vous nous donner une brève présentation d'Antofénol et de ses activités principales ?
Il y a une décennie, j'ai créé Antofénol avec pour ambition de remplacer les pesticides conventionnels par des solutions entièrement naturelles. Cette entreprise s'appuie sur deux piliers : une expertise en éco-extraction végétale par micro-ondes et une connaissance pointue de l'utilisation des plantes pour résoudre ces problématiques. Les plans réglementaires successifs, comme l'Ecophyto 2018, suivi par l'Ecophyto 2025 et peut-être l'Ecophyto 2050, témoignent de l'engagement de l'État français à réduire de moitié l'usage des pesticides chimiques pour favoriser une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Malgré ces directives, le marché n'offre pas suffisamment d'alternatives naturelles pour combler le vide laissé par le retrait des pesticides conventionnels, créant un manque de solutions pour les agriculteurs. Antofénol vise à combler ce manque avec des alternatives innovantes. Son premier produit, un extrait de bois de vigne, tire son nom de "antho" pour les anthocyanes, qui colorent le vin ou les raisins, et de "phénol" pour les polyphénols, actifs essentiels. Cette approche novatrice vise à transformer le secteur agricole tout en respectant les objectifs environnementaux, malgré les retards réglementaires qui entravent le progrès et l'innovation.
Pourriez-vous expliquer en quoi consiste votre technologie d'éco-extraction et comment elle se distingue des méthodes traditionnelles ?
Lors de mon étude de marché avant la création d'Antofénol, j'ai confronté diverses méthodes d'extraction végétale. Les méthodes classiques employaient des solvants chimiques comme le méthanol ou l'hexane, dommageables pour l'homme et l'environnement. Désireuse d'éviter ces impacts, j'ai privilégié les techniques d'éco-extraction, bannissant les solvants chimiques tout en préservant la qualité des extraits. Pour trouver la meilleure approche, j'ai exploré différentes technologies telles que les micro-ondes, les ultrasons, la flash détente ou le CO2 supercritique. Finalement, j'ai fusionné les micro-ondes et les ultrasons en partenariat avec l'Université de Montpellier 2 pour créer un outil innovant d'extraction. Cette méthode a permis d'obtenir un extrait de bois de vigne actif, essentiel à la fabrication de l'Antoferine, notre pesticide naturel. Notre défi initial chez Antofénol était d'industrialiser la technologie des micro-ondes pour produire à un coût accessible aux agriculteurs. Outre l'efficacité et la naturalité des produits, notre préoccupation majeure était leur viabilité économique, condition essentielle pour leur adoption par les agriculteurs. L'application des produits varie selon la culture et les objectifs spécifiques de chaque agriculteur, nécessitant une expertise que nous ne contrôlons pas.
Bien que l'efficacité de l'Antoferine ait été prouvée, son autorisation de mise sur le marché reste en attente, prévue pour 2027 après un dépôt de dossier en 2022. La réglementation représente un obstacle majeur à la commercialisation, avec des homologations coûteuses et chronophages, nécessitant environ trois ans d'études et un coût d'environ 4,8 millions d'euros pour une homologation européenne. Actuellement, notre produit est en phase de test dans plusieurs pays européens, avec un dossier d'homologation couvrant l'ensemble de l'Union européenne.
Quels sont les objectifs de développement pour la nouvelle usine au Thor dans le Vaucluse ?
Nous planifions la construction d'une usine pour juin 2024, visant à produire 800 tonnes annuelles d'Antoferine, substance clé pour notre biocontrôle, permettant de traiter environ 500 000 hectares. Cette première usine est cruciale pour Antofénol, intégrant l'ensemble du processus de production et la maîtrise du sourcing des matières végétales pour garantir notre efficacité. Notre vision à long terme inclut le développement d'autres usines grâce à nos partenariats avec des entreprises d'agrochimie, envisageant des joint-ventures pour une expansion mondiale. Pour protéger notre expertise, nous travaillons sur un brevet pour nos outils micro-ondes, assurant ainsi notre avantage concurrentiel et la qualité de notre production. L'emplacement au Thor dans le Vaucluse a été choisi pour le soutien politique local exceptionnel, renforçant notre confiance dans ce projet ambitieux.
Comment Antofénol s'engage-t-elle en matière de durabilité environnementale, notamment en utilisant des résidus d'éco-extraction pour produire de l'énergie ?
Nous amorçons le processus par l'extraction d'un bois sec dans un mélange d'eau et d'éthanol, récupérant ainsi les molécules actives dans ce mélange de solvants. Le bois restant, désormais humide, est séché et utilisé comme combustible dans des chaudières biomasse. Cette démarche permet de réduire la consommation électrique de notre future usine de moitié et de transformer les résidus d'extraction en biomasse pour produire de l'énergie, instaurant ainsi une usine zéro déchet. Notre objectif à long terme est d'atteindre une gestion totale des déchets, cruciale pour les industries actuelles. Partant d'une feuille blanche, nous avons favorisé l'innovation pour minimiser l'impact environnemental, en économisant 50 % de l'énergie nécessaire et en réduisant nos coûts initiaux et d'exploitation. Cette approche intègre des considérations environnementales et économiques pour rendre la production d'Antoferine durable et financièrement accessible aux agriculteurs.
À court terme, pour 2024, nous prévoyons le lancement d'un pilote de production, validant la technologie future du site dans le Thor, et l'amorce de la construction de l'usine, prévue pour juin. En parallèle, nous avons lancé une levée de fonds, ayant déjà clôturé un tour de table de 5,3 millions d'euros et visant 10 millions au total.