Le cercle RHSMART JOBmar. 18/05/21

Mardi 18 mai 2021, SMART JOB reçoit Francis Massé (directeur pédagogique, université du transport aérien UTA à l'ENAC) , Paul Chiambaretto (économiste spécialiste de l'aérien) et Thomas Juin (président, Union des aéroports de France)


L’aérien frôle le crash

Le secteur aérien traverse aujourd’hui une crise très grave : plus de 118.5 milliards de dollars de perte en 2020 pour ce secteur, selon IATA.

Des avions toujours cloués au sol. Touché de plein fouet, ce secteur est obligé de licencier des centaines de salariés. C’est une crise de l’offre, et non pas de la demande qui se dessine. Les avions ont du mal à redécoller pendant que les passagers ne rêvent que d’une chose : s’évader.  

Les chiffres sont inquiétants : -66% de pertes de trafic passager mondial, 40 compagnies disparues, selon IATA, 1 milliard d’euros de pertes pour Ryanair… L’aéronautique peut-il se relever de cette crise sans précédent ? « Le secteur aérien fait face à l’une des plus grandes crises depuis la Seconde Guerre Mondiale » explique Paul Chiambaretto, économiste, spécialiste du domaine, et professeur en marketing et stratégie à Montpellier Business School. Il poursuit « à l’échelle mondiale, on était à peu près sur une baisse de 60% du trafic en 2020. Il y a eu 1.8 milliards de passagers transportés alors que l’année précédente, ils étaient 4.5 milliards, c’est absolument phénoménal. Mais on pensait qu’en 2020, on aurait vu le pire, mais il y a une légère amélioration au niveau mondial : -40% de l’activité par rapport à 2019, mais avec de gros écarts. En Allemagne, on est entre -70 et -80%, alors qu’aux États-Unis, ils sont autour de -25%, en Chine, ils sont à +5, +8%. C’est-à-dire que ça va mieux actuellement en Chine qu’en 2019. »

Mais les avions pourront-ils vraiment redécoller ? « C’est effectivement une crise de l’offre, et pas de la demande. Il y a d’abord eu un phénomène de sidération, car il y a eu un rideau. L’économie du transport aérien a été stoppée. Ce rideau est arrivé après tout une problématique environnementale très forte vécue dans la loi Climat et la Convention Citoyenne. Tout cela à été à la fois révélateur aussi de certains dysfonctionnements et à aussi déclenché un processus de plus grande prise de conscience. » explique Francis Massé, directeur pédagogique de l’Université de Transport Aérien à l’ENAC. 

Faudra-t-il entasser les passagers au moment de la reprise pour pouvoir espérer faire de la marge ? « Il ne faudrait surtout pas revenir à la situation d’il y a 20 ou 30 ans, où l’avion était réservé à des « privilégiés ». Je pense que ce mode de transport s’est démocratisé et qu’il est important qu’à l’avenir, les tarifs restent attractifs pour pouvoir se déplacer lorsqu’il n’y a pas de moyen alternatif satisfaisant. Par exemple, de La Rochelle pour aller à Nice, 10 heures de train ! 20 heures aller-retour, je ne pense pas que ce soit une alternative sérieuse. Il est important qu’à l’avenir, l’avion reste attractif, reste un mode de transport accessible au plus grand nombre. » appuie Thomas Juin, Président de l’Union des Aéroports de France (UAF).  

Paul Chiambaretto, économiste, spécialiste de l’aérien, et professeur en marketing et stratégie à Montpellier Business School et chercheur associé à l’école Polytechnique, Francis Massé, directeur pédagogique de l’Université de Transport Aérien à l’ENAC et Thomas Juin, Président de l’Union des Aéroports de France (UAF) débattent du sujet sur Smart Job.  

Pauline GRATELLE