Tech talkSMART TECHlun. 21/06/21

Lundi 21 juin 2021, SMART TECH reçoit CORENTIN LABRE (AUTEUR COMPOSITEUR INTERPRÈTE) et Alain Charriras (ADAMI)


Le modèle des plateformes de streaming a-t-il atteint ses limites ?

Avec un chiffre d’affaires total de 21,6 milliards de dollars réalisé sur l’année 2020, selon les chiffres de la Fédération internationale de l’industrie phonographique, l’industrie musicale se porte bien et ce malgré la crise sanitaire. Les plateformes de streaming et leurs 443 millions d’abonnés payants y sont pour beaucoup puisqu’elles représentent 62 % de ce montant. Paradoxalement sur cette même année, seulement 1% des artistes ont perçu l’équivalent d’un smic chaque mois, selon la société d’analyse américaine Alpha Data Music.

300 euros, c’est ce que rapporterait le streaming à des artistes comme Véronique Sanson, Etienne Daho, Jean-Louis Aubert ou Benjamin Biolay, selon l’ADAMI, une société civile qui gère les intérêts des artistes. Une somme bien dérisoire qui s’explique en partie par le système de rémunération proposé par les plateformes de streaming. “Il ne faut pas condamner le streaming car il a vraisemblablement sauvé l’industrie du disque puisque c’est aujourd’hui la source principale de de diffusion et de publication de la musique”, relativise Alain Charreiras, chargé de projet à l’ADAMI, “mais ce modèle est établi sur des bases de très basses rémunérations”, explique-t-il.

En effet, avant d'atterrir dans les poches des artistes, les royalties passent entre les mains de différents intermédiaires qui prélèvent chacun une commission. “Aujourd’hui les producteurs perçoivent des rémunérations de la part des plateformes (Spotify, Apple Music, Deezer) qui sont de l’ordre de 70% des revenus issus de l’écoute de la musique en ligne d’un artiste”, indique Alain Charreiras, “souvent les producteurs ont fait appel à des distributeurs digitaux (Tunecore, Spinnup et Landr) qui prennent eux aussi une commission, pouvant aller jusqu’à 30%”, poursuit-il, “ensuite le producteur rémunère les artistes principaux selon les modalités du contrat qui les lie, c'est-à-dire 8 à 10% de la somme restante. Les musiciens de studio quant à eux, ne touchent absolument rien parce qu’ils sont rémunérés selon les termes de la convention collective de l’édition phonographique qui prévoit que leur cachet englobe la vente physique, la vente numérique et le streaming”.

Pour l’auteur, compositeur et interprète, “Brioche” qui a sorti en 2020, “La Lumière du Matin”, son premier album, le streaming ne permet pas à un jeune chanteur de vivre. “ Chaque stream me rapporte 0,005 centimes donc quand vous n’avez que quelques milliers d’écoutes comme c’est mon cas, 1000 écoutes vous rapportent 5 euros donc ce n’est pas énorme”, déplore l’artiste (Corentin Labre de son vrai nom).

Côme Dubois