Lundi 28 juin 2021, SMART JOB reçoit Ingrid Nappi (professeure, ESSEC) , Laurent Assouly (ethnologue en entreprise) et Nicolas Cochard (responsable R&D, Kardham)

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Flex office, le bureau de demain ?

Selon une étude menée par la chaire ESSEC Workplace Management, seulement 4% des salariés accepteraient de travailler en flex office à l’avenir. La grande majorité des employés veulent un bureau individuel, à 63%.

Les bureaux interchangeables sont une nouvelle manière de travailler en entreprise, qui a été accélérée à la suite de la crise Covid. Mais les salariés en veulent-ils vraiment ? Quand on les interroge, ce mode de travail ne leur plaît pas, selon Ingrid Nappi, professeure à l’ESSEC et titulaire de la Chaire Workplace Management. Elle explique : “On a sondé tous types de salariés : grandes et petites entreprises, auto entrepreneurs, fonctionnaires… Plus de 2 000 personnes. L’idée étant de voir comment était vécu le télétravail et comment, au retour du télétravail, dans le bureau post confinement on a envie de travailler. Les résultats sont impressionnants : pratiquement 79% des réponses sont pour avoir un espace de travail attribué, clos ou dans de petits bureaux individuels ou partagés (ou en open space à 16%). Mais seulement 5% en flex office. Il y a également une grande disparité entre les hommes et les femmes, et surtout entre les employés et les cadres dirigeants (qui eux, sont prêts à aller en flex office).”

Laurent Assouly, ethnologue en entreprise, réagit quant à la grande disparité présente entre les salariés et les cadres, il appuie : “Il y a une rupture qui, à mon avis, est très claire. D’un côté les cadres qui ont accepté le flex office, qui sont prêts à passer le cap.” Mais pour les employés, cela pose un certain nombre de problèmes : notamment en termes de symbole, qu’est-ce que cela veut dire un salarié qui ne peut plus se raccrocher à des symboles, à un bureau, à une frontière, à un espace…” Ingrid Nappi rebondit sur cette tendance concernant les cadres, qui ne sont pas fermés au flex office : “C’est une situation qui a été mise en avant parce que les marchés des bureaux sont très tendus. Les prix sont exorbitants. Comme les cadres sont plutôt chez les clients, pourquoi leur affecter un bureau s'ils ne sont pas là ?” s’interroge-t-elle. 

Peut-on forcer les salariés à user d’une nouvelle organisation bureautique ? Selon Nicolas Cochard, docteur en SHS et responsable R&D du Groupe Kardham : “C’est très compliqué. D’autant que la première étape de la mise en place du flex office est la perte de quelque chose. Les salariés se disent “je vais perdre ce qui faisait une part de mon identité sociale, c’est-à-dire ma place. Que vais-je gagner ?” Il poursuit : “C’est pour cela que le flex office, de plus en plus, quand il est déployé dans une dimension organisationnelle, culturelle, et que les salariés ont la possibilité de télétravailler deux ou trois jours chez eux, et qu’ils identifient le gain, ils se disent que si l’équation est la perte de leur espace personnel attribué au profit de territoire d’équipe, cela les aide à mieux accepter. Cela se travaille très en amont.”  

Ingrid Nappi, professeure à l’ESSEC et titulaire de la Chaire Workplace Management, Nicolas Cochard, docteur en SHS et responsable R&D du Groupe Kardham et Laurent Assouly, ethnologue en entreprise sont les invités de SMART JOB. 

Pauline Gratelle