Mercredi 21 juillet 2021, SMART IMPACT reçoit Michel Frédeau (Directeur Associé senior, Boston Consulting Group)

+ plus
    Disponible en audio

    Apple Podcast, Spotify, Deezer...

Pacte Vert pour l’Europe : l’offensive législative ambitieuse mais périlleuse

Face à l’urgence climatique, l’Union Européenne se met dans le ton de la transition écologique. Dans le cadre du Green Deal, la Commission européenne a présenté son “paquet climat”. Douze mesures d’une ampleur inédite destinées à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % à horizon 2030.

Il y a maintenant cinq ans, l’accord de Paris définissait un cadre mondial visant à limiter le réchauffement de la planète à un seuil nettement inférieur à 2%. Aujourd’hui le constat est sans appel : l’accord historique n’a pas tenu ses promesses climatiques. “Les émissions continuent à augmenter de 3% par an”, affirme Michel Frédeau, directeur associé en charge du pôle d'expertise climat au niveau mondial pour le BCG,“il faut, pour réaliser notre objectif d’une augmentation de température limitée à 1,5 degrés, une réduction de 45% des émissions de Co2 au niveau mondial.”

La décarbonisation n’est pas si évidente à instaurer pour les entreprises, et cela non pas par manque de conviction mais surtout pour le coût qu’elle induit. D’où l’importance de mettre en place une réglementation plus incitative. “Dans les secteurs à forte émission comme le ciment ou l’acier, la décarbonisation représente des augmentations de coût de 60 à 70% du prix unitaire. Donc s'il n’y a pas un gouvernement qui émet des régulations relativement strictes, la mise en place d’une décarbonisation est une mission impossible pour les entreprises. (..) Une taxe aux frontières pour éviter l’importation de produits carbonés qui dérègle le jeu de la concurrence au sein de l'Europe est une de nos réformes", développe Michel Frédeau. 

Parmi les mesures les plus controversées du projet, celle de faire un deuxième marché du carbone, “il y a le marché carbone qui existait jusqu’à présent et qui était limité à un certain nombre d’industrie fortement émettrice. Il s’agit d’étendre ce marché sur les produits pétroliers et le chauffage en particulier,” détaille-t-il. Une mesure dénoncée… Par qui ? D’après Michel Frédeau, "par les industriels qui sont les plus touchés et qui estiment ne pas avoir le temps de s’adapter. Puis dans un second temps, par les consommateurs qui dénoncent une élévation des prix.” Il poursuit, “néanmoins, les analyses montrent que le coût de cette décarbonisation sur le ciment est important mais que celui sur la maison qui utilise ce ciment est moindre et s’élève à 2-3% du prix de celle-ci.”

Verdir les transports et rapidement : l’UE en fait une priorité... qui pourrait lui permettre de conserver sa pole position dans la course à la transition énergétique face à une concurrence de plus en plus rude, “la Chine a annoncé son Net-Zero pour 2060 et commence à travailler sur la décarbonisation. Les États-Unis ont réintégré la course. On a la chance en Europe d’avoir des sociétés qui sont plutôt en avance sur ces thématiques. Je vois cet accord comme une opportunité de donner un contexte favorable à l’investissement des entreprises, de manière à créer de véritables champions européens et pourquoi pas français,” déclare-t-il. 

Louison Guegaden